Marcel Pagnol, son grand-père Joseph André Pagnol
et le Pont-du-Gard

 

 

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Le Pont-du-Gard
Carte postale colorisée des années 1900.
Vue en perspective côté est (erreur d'orientation sur la carte postale), côté aval de la rivière.
Le pont enjambe le Gardon
.
Le pont routier accolé en 1747 à l'ouvrage antique permit dès lors un passage aisé entre les deux rives.
C'est l'ingénieur Pitot qui fut chargé de sa construction, d'où le nom de pont Pitot. 

                                                                           Dans La Gloire de mon Père (Souvenirs d'Enfance - tome I),
                                                                 Marcel Pagnol
nous parle avec amour de son grand-père paternel Joseph André Pagnol :

" Cependant mon grand-père, qui n'était pas « monsieur l'aîné », n'hérita pas de la cartonnerie, et il devint, je ne sais pas pourquoi, tailleur de pierres. Il fit donc son tour de France, et finit par s'établir à Valréas, puis à Marseille.
Il était petit, mais large d'épaules et fortement musclé.

Lorsque je l'ai connu, il portait de longues boucles blanches qui descendaient jusqu'à son col , et une belle barbe frisée.
Son autorité sur ses enfants avait été redoutable, ses décisions sans appel. Mais ses petits-enfants tressaient sa barbe, ou lui enfonçaient, dans les oreilles, des haricots.
Il me parlait parfois, très gravement, de son métier, ou plutôt de son art, car il était maître-appareilleur.(...)
Dès qu'il avait un jour de liberté - c'est à dire cinq ou six fois par an - il emmenait toute la famille déjeuner sur l'herbe, à cinquante mètres du pont du Gard.(...)
Après le déjeuner, il s'asseyait dans l'herbe, devant la famille en arc de cercle, en face du chef-d'œuvre millénaire, et jusqu'au soir, il le regardait.
C'est pourquoi, trente ans plus tard, ses fils et ses filles, au seul nom du pont du Gard, levaient les yeux au ciel, et poussaient de longs gémissements."

                                                                             Dans Le Temps des Secrets (Souvenirs d'Enfance - tome III),
                                  Marcel Pagnol nous conte les aventures de son grand-père lors de son tour de France en tant que Compagnon du Devoir :

Il avait, comme tous les Compagnons, effectué son tour de France afin de parfaire la connaissance de son métier, en travaillant pendant un certain temps chez différents patrons, tous eux-mêmes Compagnons. Son tour de France lui avait valu une "aventure" qu'il n'avait jamais vraiment relatée à son épouse.
Mais, persévérante, celle-ci avait réussi à le faire avouer quarante ans plus tard, alors qu'il avait quatre-vingt six ans :
" La Sincérité de Marseille ouvrit des yeux stupéfaits.
« Et que veux-tu que je te dises ?
- Tu le sais bien. Tu le sais bien qu'au moment de mourir, il y aura quelque chose qui me chiffonnera, un petit doute qui va me gâter l'agonie : c'est cette histoire de la mère des compagnons ! (...) Allons, André, ne me prends pas pour une imbécile. La vérité, je la connais depuis quarante ans, mais je voudrais que tu me la dises.»"

Ce fut terrible :
" Dans la grande cuisine provençale, il y avait, là aussi, plusieurs personnes. Au milieu du cercle, le grand-père était assis sur une chaise.
Il avait le torse nu. (...)

Penché sur lui, un médecin à lunettes, armé d'une pince d'horloger, fouillait son épaule sanglante. Il recherchait la dent, la dent magnifique de ma grand-mère. Elle l'avait plantée dans l'épaule d'André, et le médecin, au bout de sa pince, nous la montra, blanche, bombée et lisse, avec une pointe sanglante."»
Remarque :
Les compagnons sont accueillis à chaque étape par la " mère des compagnons " qui s'occupe d'eux durant leur séjour.

                                                                                                                            Mais interessons nous aux 
                                                                                                                 Compagnons du Tour de France.
Les origines du compagnonnage : 

La légende fait coïncider l'existence du compagnonnage avec la construction du Temple de Jérusalem (vers 969-962 av. J.-C.).
Les chercheurs relèvent ses premières traces au temps des croisades et de l'édification des cathédrales gothiques au Moyen-Âge (à partir du XIIème siècle de notre ère).

Les Compagnons  et le Pont-du-Gard :
Les Compagnons, et parmi eux, ceux qui ont travaillé à la restauration du Pont-du-Gard, ont gravé leur nom et représenté leurs outils sur le parapet du pont routier édifié au XVIIIème siècle, ainsi que sur l'ouvrage romain. Le Pont-du-Gard est devenu ainsi l'un des sites les plus riches de France en marques compagnonniques. Trois cent vingt inscriptions y ont été répertoriées, la plus ancienne datant
du début du XVIIème siècle, les plus récentes des années 1990. Le site est donc un haut lieu du compagnonnage, en particulier pour les tailleurs de pierres, les plus concernés par le monument romain.
Pour mieux connaître le compagnonnage, nous avons utilisé comme ouvrage de référence : Mémoires d'un compagnon.
Ce récit autobiographique est l'œuvre d'un compagnon menuisier, Agricol Perdiguier, né à Morières-lez-Avignon en 1806,
décédé à Paris en 1875 ; une vie vouée au compagnonnage.
                                                                               Nous allons maintenant cheminer le long du parapet du pont routier,
                                                                                      afin de déchiffrer certaines des inscriptions compagnonniques.

Les compagnons signalent toujours leur passage dans un lieu  par des inscriptions gravées dans la pierre.
Le compagnonnage est constitué de groupements d'initiés qui
se donnent une autre identité que celle figurant sur leur état-civil, pour des raisons de sécurité. 
Sur cette inscription, datée de 1837 (en haut-à droite), se lit nettement : LA PRUDENCE  LA FIDELITE.
Le nom de compagnon de Joseph André Pagnol était :
La Sincérité de Marseille
.
En effet, le nom  fait souvent état des vertus (Prudence, Fidélité, Sincérité...) et du lieu d'origine du compagnon.
Les compagnons ne forment pas une association unique ;
ils se regroupent en fonction de leur appartenance religieuse ou de leurs idées politiques, dans des mouvements divers comme
Compagnons du Devoir
, ou  Compagnons du Devoir Uni.


Sur cette inscription,
le marteau-taillant du tailleur de pierres, 
ou escoude est en évidence.

Même représentation du marteau-taillant sur celle-ci,
datée de 1839.

 

Le compagnon a représenté sur cette inscription, ses initiales
et tous ses outils de tailleur de pierres (de gauche à droite) :
le marteau-taillant, le burin, la massette,
le ciseau et l'équerre

Ce compagnon a gravé ici sur la pierre 
son nom de compagnon et son patronyme, ce qui est rare.
En effet, les compagnons ne gravaient en général que
leur patronyme de compagnonnage..

Mais, des compagnons serrurier (à gauche), maréchal ferrant (à droite), sont aussi passés par le Pont-du-Gard.
L'une des plus récentes inscriptions,
attestant de la continuité de la tradition compagnonique de passage au Pont-du-Gard.

                                                                                                             Les Compagnons en 2009
Les Compagnons, ce sont actuellement :
- près de 8000 jeunes en apprentissage et perfectionnement professionnel ;
- 370 jeunes Compagnons itinérants assurant des responsabilités de formation ;
- 6500 stagiaires en entreprises ;
- 23 métiers référencés ;
- 350 formateurs et professeurs d'enseignement général ;
- plus de 4200 Compagnons sédentaires qui transmettent leur savoir aux jeunes ;
- plus de 6500 entreprises qui les reçoivent dans le cadre d'une formation en alternance (entreprise-collège).
Le cursus pour devenir Compagnon :
C'est en fin de troisième que le jeune postule pour son entrée dans la Maison des Compagnons.
Il passe un entretien individuel avec le prévôt, à la suite duquel il peut être admis en apprentissage pour passer un C.A.P. ou B.E.P. sur deux ans ou recevoir un perfectionnement.
Comme le dit le prévôt de la Maison de Marseille : "L'essentiel, c'est la motivation".
En Provence-Côte-d'Azur, il existe des Maisons des Compagnons à Marseille, Gap et L'Argentière-la-Bessée.

Siège social :
82, rue de l'Hôtel de Ville ; 75004 ; Paris
Pour finir, rappelons à ceux que la question intéresse qu'il existe dans notre région deux autres édifices très riches en marques compagnonniques : la vis de Saint-Gilles et le temple de Diane à Nîmes. Les villes de Tours, Troyes, Paris, abritent des musées du compagnonnage, et les sièges des trois sociétés compagnonniques sont à Paris.

L'aqueduc de Nîmes et le Pont-du-Gard :
caractéristiques et histoire


Le Pont-du-Gard.

Vue du côté ouest du Pont-du-Gard à partir de la rive gauche, en amont du pont
(jeudi 9 avril 2009 ; 16h).

Le Pont-du-Gard :
Date de construction :
vers les années 5 après J.-C.,
sous le règne de l'empereur Claude.
Durée des travaux :
Deux à trois ans pour 1000 ouvriers.

Caractéristiques du pont :
Hauteur totale au-dessus des basses eaux du Gardon : 49 m
Étage inférieur : 6 arches,
142 m de long, 22 m de haut
Étage moyen : 11 arches,
242 m de long, 20 m de haut
Étage supérieur : 35 arches,
275 m de long, 3 m de large, 7 m de haut 
Le canal se trouve au-dessus des arches de l'étage supérieur.

 

 

 

Schéma montrant
le Pont-du-Gard à sa traversée du Gardon, l'altitude du canal à partir des courbes de niveau,
les méandres du canal à sa sortie du Pont-du-Gard
(au sud) et le passage de la
combe de
 Valmale
sur le pont de Valmale.

 

 

 

Vue du côté est du Pont-du-Gard
à partir de la rive gauche, en aval du pont.
Le pont routier, dorénavant interdit à la circulation des véhicules est devenu la promenade préférée des touristes.
Les inscriptions compagnonniques relatées précédemment sont pour la plupart situées sur la partie intérieure du parapet du pont routier. Certaines, moins nombreuses se trouvent sur les piliers romains.

 

 

Le panorama vers le Gardon en aval du pont, vers l'est.
Sur la gauche, un hôtel-restaurant
(le seul actuellement sur le site) ; au fond, le village de Castillon-du-Gard au sommet d'une colline.

                                                                                                                  L'aqueduc romain
Les origines de sa construction :
La civilisation romaine s'étale sur plus d'un millénaire. La légende fait remonter la création de Rome en 753 av. J.-C..
En 125 av. J.-C., Marseille demande de l'aide aux Romains devenus puissants pour combattre les Salyens qui encerclaient la cité phocéenne. Les Romains font alors leur entrée en Gaule et fondent Aix-en-Provence, Narbonne, Nîmes...
Leurs conquêtes sont tout d'abord limitées aux régions méditerranéennes, puis César envahit entièrement la Gaule et le siège d'Alésia en
52 av. J.-C. voit la défaite des Gaulois commandés par Vercingétorix, chef emblématique.
Les villes fondées par les Romains dans les régions du sud de la Gaule se sont alors développées et les besoins d'alimentation en eau potable deviennent plus importants.
Vers le milieu du Ier siècle après J.-C., la décision est prise de construire un aqueduc entre Uzès et Nîmes, afin d'alimenter la ville de Nîmes à partir des sources d'Eure, situées près d'Uzès, en contre-bas et au nord-est de la cité gardoise. Ce sont certainement des notables nîmois qui prirent la décision de financer le projet.

 

 

Caractéristiques de l'aqueduc :
Longueur : 50 km
pour une distance enligne droite
entre Uzès et Nîmes de 20 km.
Pente :
Moyenne : 25 cm/km
Minimale : 8 cm/km
Maximale : 45 cm/km
Débit : 35 000 m3/jour
Durée de fonctionnement : 6 siècles

Caractéristiques du canal de l'aqueduc :
Largeur : 130cm
Hauteur sous voûte : 180cm
L'étanchéité était assurée par un mortier
fait de chaux, avec des débris de tuiles
et de poteries
en argile (mortier de tuileaux).

                        Le tracé et les ouvrages d'art de l'aqueduc :
L'aqueduc est un canal qui, en suivant les courbes de niveau tant que cela reste possible,
et en s'affranchissant des obstacles par des ouvrages d'art
(ponts et tunnels) lorsque cela est nécessaire, permet d'emmener les eaux des sources d'Eure (1) jusqu'au castellum situé au centre de Nîmes.
L'eau des sources d'Eure alimentent l'Alzon (petit affluent du Gardon ; lui-même affluent du Rhône) était en partie captée. L'aqueduc suit les courbes de niveau vers l'est, en passant en contrebas de l'actuel village de Saint-Maximin.
Le premier ouvrage important de l'aqueduc est le pont de Bornègre (2) permettant au canal de passer sur le lit creusé lors des crues de la résurgence de Bornègre. Près de ce pont se trouve une tranchée couverte en partie rempblayée.
Au sud-est du village de Vers (3), se trouvent dans la colline, une succession d'arches
qui supportent le canal de l'aqueduc. Ces arches qui s'étalent sur un bon kilomètre, malmenées par le temps, ayant subi les outrages de tremblements de terre et des hommes qui ont réemployé des pierres, sont toujours là et méritent le détour.
              Le franchissement du Gardon
a nécessité la construction
        du Pont-du-Gard (4)
, l'ouvrage d'art le plus important de l'aqueduc.
Au sud du Pont-du-Gard, l'aqueduc doit franchir une succession de vallons ayant nécessité l
a construction d'autres ouvrages d'art comme le pont de Sartanette (5).

Plus loin, des tunnels furent creusés pour franchir la colline entre Saint-Bonnet et Sernhac, ce sont les tunnels de Sernhac (6).

La traversée de la plaine de Marguerittes fut ensuite plus aisée.
Un dernier tunnel fut creusé sous le mont Duplan à Nîmes (7), pour finalement arriver au castellum, bassin permettant de répartir les eaux dans la ville.
                                                (Voir le tracé sur la carte ci-jointe.)

 
Carte permettant de suivre le tracé de l'aqueduc et les parties les plus intéressantes à visiter.

                                          Modifications et aménagements de l'aqueduc et du Pont-du-Gard après les Romains :
L'aqueduc fut utilisé durant six siècles, avec des problèmes de fonctionnement. Le problème majeur était la formation de dépôts calcaires pouvant atteindre à certains endroits plusieurs dizaines de centimètres d'épaisseur au bout de quelques siècles. Il ne fut plus guère entretenu à partir du IVème siècle.
À l'époque de la décadence de l'empire romain, l'aqueduc n'était plus surveillé et il fut l'objet de captages effectués par les paysans de la région, puis des sabotages perpétrés par les envahisseurs.

Le Pont-du-Gard servit assez rapidement de pont routier ; les piles du premier étage étant alors entaillées pour permettre le passage des chariots.
Au XVIIème siècle, les piles furent restaurées car les échancrures menaçaient la stabilité du pont.
La chaussée fut alors élargie à partir d'encorbellements.
En 1747, le pont routier toujours présent fut accolé à l'ouvrage antique et permis alors un passage aisée pour tous les véhicules, d'une rive à l'autre. Ce pont est appelé pont Pitot, du nom de l'ingénieur qui fut chargé de sa construction. 

Au XIXème siècle, le Pont-du-Gard fut totalement restauré.
Au XXème siècle, le Pont-du-Gard fut classé monument historique en 1914, puis au patrimoine mondial de l'Unesco en 1986. Il fait l'objet d'une nouvelle campagne de restauration dans les années 1990.

Dans les années 2000, le Conseil général du Gard a réalisé une mise en valeur du site avec musée, parcours de découverte
" Mémoires de garrigue " autour du Pont-du-Gard dorénavant accessible uniquement aux promeneurs.   


Il ne vous reste plus, maintenant, qu'à faire comme le grand-père de Marcel Pagnol ;
vous asseoir en face du Pont-du-Gard et le regarder !

Marcel Pagnol, son grand-père Joseph André Pagnol et le Pont-du-Gard