| Quelques plantes des collines et cultures de la Provence |
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De nombreux auteurs très
connus ont été inspirés par la beauté et les parfums de la végétation
méditerranéenne.
La Provence et la végétation de ses collines ont été chantées par Marcel
Pagnol, Alphonse Daudet, Frédéric Mistral,
Guy de Maupassant ; la Haute-Provence par Jean Giono ;
la Grèce par Jean Cocteau,
l'Italie à l'époque de l'Empire romain par Virgile...
Les maîtres à penser de Marcel Pagnol sont d'ailleurs : Virgile, Alphonse
Daudet et Jean Giono.
Voici quelques citations, extraites de leurs œuvres, dans lesquelles ils
décrivent avec talent ces lieux
et cette nature qu'ils ont tant aimé.
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Marcel Pagnol (Aubagne, 1905 - Paris, 1974,
enterré au cimetière de La Treille)
" C'est là que je vis pour la première fois des touffes d'un vert sombre
qui émergeaient de cette "baouco" et qui figuraient des oliviers
en miniature. Je quittais le chemin, je courus toucher les petites feuilles. Un
parfum puissant s'éleva comme un nuage, et m'enveloppa tout entier.
C'était une odeur inconnue, une odeur sombre et soutenue, qui s'épanouit dans
ma tête et pénétra jusqu'à mon cœur.
C'était le thym,
qui pousse au gravier des garrigues : ces quelques plantes étaient
descendues à ma rencontre, pour annoncer au petit écolier le parfum futur de
Virgile. "
(La Gloire de mon Père, 1957 - chapitre 22.)
" Ce ravin était,
comme l'autre, hérissé de broussailles, mais le cade et le romarin y
dominaient. Ces plantes paraissaient beaucoup plus vieilles que celles que
j'avais vu jusqu'ici ; je pus admirer un cade si large et si haut qu'il avait
l'air d'une petite chapelle gothique, et des romarins bien plus grands que moi.
"
(La Gloire de mon Père - chapitre 27.)
N.B. : Les
collines où Marcel Pagnol a passé les plus beaux moments de sa jeunesse, et
qu'il nous décrit avec tant de bonheur,
se situent dans le massif du Garlaban, entre Aubagne et La
Treille.
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Alphonse Daudet (Nîmes, 1840 - Paris, 1897)
" Qand
au père Gaucher, ce pauvre frère lai dont les rusticités égayaient tant le
chapitre, il n'en fut plus question dans le couvent. On ne connut plus
désormais que le révérend père Gaucher, homme de tête et de grand savoir, qui
vivait complètement isolé des occupations si menues et si multiples du cloître,
et s'enfermait tout le jour dans sa distillerie, pendant que trente moines
battaient la montagne pour lui chercher des herbes odorantes..."
(Lettres de mon moulin, 1872 - L'élixir du révérend père Gaucher.)
" Mais enfin, quel est donc ce sauvage qui vient saluer l'aurore au
fond des bois avec un tambour ?... J'ai beau regarder, je ne vois rien... rien
que les touffes de lavande, et les pins qui dégringolent jusqu'en bas de la
route... Il y a peut-être par là, dans le fourré, quelque lutin caché en train
de se moquer de moi..."
(Lettres de mon moulin - Nostalgies de caserne.)
N.B. : Le moulin
dont parle Alphonse Daudet dans la fameuse nouvelle des Lettres de mon
Moulin intitulée Le secret de maître Cornille,
se
situe tout près du village de
Fontvieille, non loin d'Arles.
Alphonse Daudet a passé une enfance heureuse en Provence.
Qu'il s'agisse de récits fantaisistes ou de romans de mœurs, nous trouvons
toujours chez Daudet, un goût de la vérité, accompagné d'une sensibilité
délicate.
Les contes des Lettres de mon Moulin sont parus tout d'abord
séparément entre 1866 et 1873, publiée dans les journaux d'époque : L'Événement
puis Le Figaro. La première édition en volume parut en 1869, chez
l'éditeur Hetzel. L'édition définitive date de 1879, chez Lemerre.
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Jean Giono (Manosque,
1895 - Manosque, 1970)
" Quatre maisons fleuries d'orchis jusque sous les tuiles émergent de
blés drus et hauts.
C'est entre les collines, là où la chair de la terre se plie en bourrelets
gras.
Le sainfoin fleuri saigne dessous les oliviers. Les avettes dansent
autour des bouleaux gluants de sève douce.
Le surplus d'une fontaine chante entre deux sources. Elles tombent du roc et
le vent les éparpille. Elles pantèlent sous l'herbe, puis s'unissent et coulent
ensemble sur un lit de jonc.
Le vent bourdonne dans les platanes.
Ce sont les Bastides-Blanches. "
(Colline, 1928.)
" D'un seul coup,
la terre s'est enragée. Les buissons se sont défendus un moment en jurant, puis
la flamme s'est dressée sur eux, et elle les a écrasés sous ses pieds bleus.
Elle a dansé en criant de joie ; mais, en dansant, la rusée, elle est allée à
petits pas jusqu'aux genévriers,
là-bas, qui ne se sont pas seulement
défendus. En moins de rien ils ont été couchés, et ils criaient encore,
qu'elle, en terrain plat et libre, bondissait à travers l'herbe. Et ce n'est
plus la danseuse. Elle est nue ; ses muscles roux se tordent ; sa grande
haleine creuse un trou brûlant dans le ciel. Sous ses pieds on entend craquer
les os de la garrigue."
..." La nuit est
venue, épaisse et sombre. Au fond, vers Manosque, l'incendie brûle encore un
peu. Un grillon chante sur la terrasse.
Gondran, à califourchon
sur une chaise, les yeux clos, tète doucement une pipe.
Et Janet regarde
toujours le calendrier des postes. "
(Colline.)
N.B. : Jean Giono est né
et a vécu en Haute-Provence, à Manosque.
Le climat y est rude dans cette région où coule la Durance.
Dans sa jeunesse, il a vécu un temps avec les bergers et leurs troupeaux dans
la montagne.
Jean Giono a lu Virgile, et dans une grande partie de son œuvre (Colline,
1928 - Un de Baumugne, 1929 - Regain, 1930 - qui composent la Trilogie
de Pan), il adopte un
style lyrique et épique pour célébrer la nature et la dure vie paysanne de
l'époque dans cette Haute-Provence.
Marcel Pagnol a réalisé Jofroi (1933),
Angèle (1934), Regain (1937) et La Femme du
Boulanger (1938) d'après des nouvelles de Jean Giono. Leurs rapports
étaient parfois tendus, mais cela ne durait jamais longtemps, car ils étaient
amis. Marcel Pagnol avait voulu faire entrer Jean Giono à l'Académie française,
mais celui-ci avait préféré se présenter chez les Goncourt, où il fut élu.
Marcel Pagnol considérait Jean Giono comme l'un des plus grands écrivains de la
littérature française.
Lors du tournage du Révérend Père Gaucher des Lettres de mon
moulin d'Alphonse Daudet, Jean Giono rendit visite à Marcel Pagnol à
l'abbaye de Saint-Michel-de-Frigolet.
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Frédéric Mistral (Maillane, 1830 - Maillane, 1914)
" Le vieux
couvent était bâti sur le plateau étroit d'un passage de montagne qui
devait, autrefois, avoir un mauvais renom,
parce qu'il est remarquable que, partout où se trouvent des chapelles
consacrées à l'archange Michel, ce sont des endroits solitaires qui avaient dû
impressionner.
Les mamelons
d'alentour étaient couverts de thym, de romarin, d'asphodèle,
de buis, et de lavande. Quelques coins de vigne, qui
produisaient, du reste, un cru en renom : le vin de Frigolet ; quelques
lopins d'oliviers plantés dans les bas-fonds ; quelques allées d'amandiers,
tortus, noirauds et rabougris, dans la pierraille ; puis, aux fentes des
rochers, quelques figuiers sauvages. C'était là, clairsemée, toute la
végétation de ce massif de collines. Le reste n'était que friche et
roche concassée, mais qui sentait si bon ! L'odeur de la montagne, dès qu'il
faisait soleil, nous rendait ivres. "
(Mémoires et
récits, 1906 - chapitre V - À Saint-Michel de Frigolet.)
" Mais
avant de quitter Saint-Michel de Frigolet, il faut dire un mot pourtant, de ce
que l'antique abbaye devint après nous autres. Retombée de nouveau à l'abandon
pendant douze ans, un moine blanc, le Père Edmond, à son tour l'acheta (1854)
et y restaura, sous la loi de saint Norbert, l'ordre de Prémontré, - qui
n'existait plus en France. "
(Mémoires et
récits - chapitre V - À Saint-Michel de Frigolet.)
N.B.: Saint-Michel-de-Frigolet
est une abbaye des pères prémontrés située près de Barbentane, petit village à
quelques kilomètres au sud d'Avignon.
Frédéric Mistral a écrit son œuvre en Provençal, créant
une poésie de portée universelle traduite dans de nombreuses langues,
du Français au Japonais en passant par le Roumain, à partir d'une inspiration
typiquement provençale, d'un amour porté à une terre ainsi qu'aux hommes et aux
femmes vivant sur cette terre.
Le 21 mai 1954, à la Bastide de Font-Ségugne, près de Châteauneuf-de-Gadagne (à
l'est d'Avignon), sept poètes (Frédéric Mistral, Théodore Aubanel, Joseph
Roumanille, Paul Giéra, Anselme Mathieu, Alphonse Tavan et Jean Brunet) se
rencontraient pour fonder le groupe du Félibrige, groupe créé pour
défendre la langue provençale et ses valeurs face aux mutations de la société.
Ce groupe des sept Félibres peut être comparé à celui de la Pléïade,
vers le milieu du XVIème siècle, à la Renaissance, dont
les poètes les plus connus restent Ronsard et Joachim du Bellay ;
car il projette une nouvelle renaissance, celle du Provençal qui est une langue
d'oc.
Frédéric Mistral avait aussi eu l'idée de créer un grand musée ethnographique
évoquant les modes de vie et de pensée provençaux, dans un hôtel particulier, à
Arles. Le Museon Arlaten (Musée Arlatan) fut inauguré en 1899.
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1904 et utilisé le montant de
ce prix pour enrichir les collections du musée.
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Guy de Maupassant (Château de Miromesnil - région de Fécamp, 1850 - Paris,
1893)
" C'était
le maquis, l'impénétrable maquis, formé de chênes verts, de genévriers,
d'arbousiers, de lentisques, d'alaternes, de bruyères, de lauriers-tins,
de myrtes et de buis que reliaient entre eux, les mêlant comme
des chevelures, des clématites enlaçantes, des fougères monstrueuses, des
chèvrefeuilles, des cystes, des romarins, des lavandes,
des ronces, jetant sur le dos des monts une inextricable toison."
(Une vie,1883.)
N.B. : Guy de
Maupassant a connu Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Émile Zola...
Jean Cocteau (Maison-Laffitte, 1889 - Milly-la-Forêt, 1963)
" Les
cheveux gris, quand jeunesse les porte,
Font
doux les yeux et le teint éclatant ;
Je
trouve un plaisir de la même sorte
À
vous voir, beaux oliviers de printemps.
La mer de sa fraîche et lente salive
Imprégna le sol du rivage grec,
Pour que votre fruit ambigu, l'olive,
Contienne Vénus et Cybèle avec.
Tout
de votre adolescence chenue
Me
plaît, moi qui suis le soleil d'hiver
Et
qui, comme vous sur la rose nue,
Penche
un jeune front de cendres couvert."
(Poème.)
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Virgile (poête
latin - Mantoue, ~70 av. J.C. - Brindes, ~19 av.J.C.)
Ier églogue : TITYRE (extrait)
Mœlibée
" C'est un autre berger qui
gardera mes chèvres...
Ma
dernière chanson s'étouffe dans mes pleurs,
Je
ne vous verrai plus, avec vos longues lèvres
Cueillir
le saule amer ou le cytise en fleurs..."
Vème églogue : DAPHNIS (extrait)
Ménalque
"
À l'olivier d'argent cède l'osier flexible
L'humble
lavande cède au pourpris du rosier...
Pour
moi, cet Amyntes, qui se croit invincible
Devient
auprès de toi la lavande et l'osier ! "
(Les Bucoliques, de Virgile ; traduction en vers par Marcel Pagnol en 1959.
Éditions Pastorelly, 1979.)
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