Le palais Longchamp
Alimentation en eau de Marseille

 

 

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Le palais Longchamp.
 ( Marseille - dimanche 21 juin 2009 - 10heures.)

Le palais Longchamp a été restauré en 2007-2008,
extérieurement et intérieurement.
Les jets d'eau du bassin animent la perspective sur sa façade d'entrée majestueuse. Au-delà se découvre
le jardin du palais, le plus haut perché de Marseille.

    Évolution de l'alimentation en eau de Marseille, de l'antiquité à l'époque actuelle

La ville dans l'antiquité et au Moyen-Âge :
Vers 600 avant J.-C., des colons phocéens fondent la ville de Marseille sur la rive nord d'une anse bien protégée, le Lacydon, actuellement le Vieux-Port.
La cité se développe au niveau d'une petite colline abritée des marais, qui correspond actuellement au quartier du Panier.
L'eau est disponible grâce à des puits, des citernes permettant de recueillir les eaux pluviales et des aqueducs traversant les marais
apportant l'eau depuis les collines alentours.
À la fin de la période antique, la population de Marseille s'élève à une dizaine de milliers d'habitants. Les fouilles archéologiques montrent qu'il y avait des bassins, des thermes, des canalisations d'égouts, et que l'eau était distribuée dans les maisons.
 La chute de l'Empire romain d'occident s'étale de la fin du IVème siècle jusqu'à la fin du Vème siècle après J.-C., sous les coups répétés des invasions des barbares venus de l'est ( Germains, Goths, Huns, Vandales, Suèves, Burgondes, Francs, Alamans, Lombards...). L'Empire romain d'occident s'écroule politiquement en 476, après la révolte de l'armée romaine d'Italie commandée par un barbare du nom d'Odoacre. Puis, au XIème siècle, les Sarrasins arrivent par le sud.
Au cours de ces périodes troubles, les techniques introduites par les peuples antiques sont oubliées. Les ouvrages hydrauliques non entretenus sont  abandonnés.
Vient un essor commercial de la cité de Marseille autour de l'an 1000. Les problèmes de disponibilité d'eau potable deviennent récurrents et provoquent des tensions entre les communautés. Un aqueduc amenant l'eau des collines du massif de l' Étoile par la porte d'Aix est construit, alimentant fontaines et abreuvoirs. Mais les antiques égouts n'existent plus et les eaux usées sont rejetées dans les rues, ainsi que les détritus.
Au début du XIVème siècle, le cours du Jarret (affluent de l'Huveaune) est raccordé à cet aqueduc.


Du XVIème au XVIIIème siècle
:
La ville s'agrandit, passant de 15 000 habitants en 1524 à 88 000 en 1790, et de nouveau la pénurie d'eau se fait sentir, entraînant des épidémies fréquentes ( le souvenir de la peste de 1720 reste dans toutes les mémoires ), dues aux eaux contaminées, car les eaux usées ne sont toujours pas collectées.
L'Huveaune, petit fleuve côtier qui traverse Aubagne, puis Marseille et se jette dans la mer au niveau des plages du Prado, est alors en partie dévié vers l'aqueduc. Ceci permet de fournir jusqu'à 75 litres d'eau par personne et par jour.
Mais les problèmes liés à la gestion, au contrôle et à l'entretien des réseaux restent difficilement gérables.

Le XIXème siècle et le canal de Marseille :
Au début du XIXème siècle, les Marseillais sont encore plus nombreux ( 140 000 habitants en 1830 ). L'eau est de plus en plus polluée, entraînant des épidémies aggravées durant les périodes de sécheresse.
En 1834, la situation devient catastrophique car seulement 1 litre d'eau reste disponible par personne et par jour.
L'épidémie de choléra de 1832-1835, d'origine indienne ou asiatique fait environ 100 000 morts dans tout l'hexagone, et atteint Marseille en 1833. Elle provoque notamment la mort de 834 personnes en 1834 et 2 576 en 1835.
Cette épidémie a été superbement décrite par Jean Giono (1895-1970) dans son roman Le Hussard sur le toit (1951 ).
Les élus sont dès lors convaincus de la nécessité d'agir rapidement pour restaurer la salubrité de la ville par un apport d'eau suffisant, une amélioration des réseaux d'alimentation et de rejets.
Le maire Maximin Consolat décide, "quoi qu'il advienne, quoi qu'il en coûte", la construction d'un canal qui amènera une partie des eaux de la Durance jusqu'à Marseille.
Sa construction débute en 1838, sous la direction de l'ingénieur Franz-Major de Montricher.


                                                         
                                                             
Le canal de Marseille
Lien avec le superbe site  : Le canal de Marseille, au fil de l'eau
                                                  
http//:lecanaldemarseille.fr

L'eau devait être captée  assez haut sur la Durance ( au niveau du pont de Pertuis et à une altitude de 185 mètres ), pour pouvoir, par effet de gravité, effectuer tout le parcours, en traversant ou contournant les massifs intermédiaires ( chaîne des Côtes, plateau de l'Arbois, massif de l'Étoile...), et parvenir au point le plus haut de Marseille, à Saint-Antoine ( altitude 150 mètres ), pour desservir la totalité de la ville.
Il faudra 15 ans, de 1839 à 1854, pour construire le canal, d'un tracé tourmenté utilisant au mieux les courbes de niveau, long de 80 km (pour une distance à vol d'oiseau de 50 km entre départ et arrivée), avec 18 km de souterrains,
18 ponts dont le pont  de Roquefavour au sommet duquel passe le canal de l'aqueduc.
Le pont permet de faire traverser au canal la vallée de l'Arc.Cet ouvrage d'art, long de 393 mètres, permet au canal de passer à 82,5 mètres
au-dessus de l'Arc.
Il est inspiré du Pont du Gard ( longueur : 400 mètres ; hauteur : 49mètres );                                                                              
ouvrage romain de la seconde moitié du 1er siècle avant J.-C.,  qui permettait à l'aqueduc alimentant Nîmes à partir de la fontaine d'Eure située
à Uzès, de traverser le Gardon au niveau du village de Vers.
( Longueur de l'aqueduc entre Uzès et Nîmes : 50 km ; distance à vol d'oiseau : 20 km ; dénivelé : 12 mètres, soit une pente moyenne de
0,24 m/km ; débit maximal : 400 litre/s.)
Le canal  de Marseille est en béton, d'une largeur de 3m pour la cuvette ; son débit moyen est de 10 m3/s pour une pente de 0,36m/km.
L'eau arrive le 19 novembre 1849 à Marseille, au plateau Longchamp, à l'altitude de 150 mètres. 
De 1854 à 1869, 77 km de canalisations sont construits, ainsi que d'autres bassins réservoirs, permettant de répartir l'eau sur tout le territore de Marseille, mais aussi sur les communes avoisinantes comme Plan-de-Cuques, Allauch, La Treille, Éoures, Aubagne...  
En 1876, les 371 000 Marseillais disposent de 370 litres d'eau par personne et par jour pour usage domestique et 660 litres pour usage industriel.
Deux gigantesques bassins de décantation de 4250 m3 et 4900 m3 sont construits sous le jardin Longchamp en 1862,
sous la direction de l'architecte Espérandieu, surplombant ainsi tout le centre de la ville de Marseille.
Le jardin Longchamp est donc situé en hauteur, juste derrière le palais Longchamp.

 Carte postale de 1912.

Le canal de Provence

Aujourd'hui, le canal de Marseille n'assure plus seul l'alimentation en eau de la ville et de ses environs.
En 1957, la Société du Canal de Provence ( S.C.P.) est créée, avec pour mission de transférer une partie des eaux du Verdon
( un affluent de la Durance ), à travers le Var et les Bouches-du-Rhône. Le canal de Provence, construit dans les années 1970, consiste en un réseau de canaux partant du Verdon. Il est en grande partie souterrain, et alimente non seulement Marseille
(par le réservoir de Vallon Dol), mais aussi Aix-en-Provence ( barrages de Bimont et Zola ) et Toulon.
Le canal de Provence fournit actuellement le tiers de la ressource en eau de Marseille et le canal de Marseille, les deux tiers.
Ces deux ressources interconnectées assurent la sécurité en eau de Marseille.
Les eaux sont évidemment traitées suivant les normes actuelles, rendant l'eau propre à la consommation.
La gestion de l'eau : 
Le canal de Marseille a été géré par la ville de Marseille de la fin de sa construction en 1849, jusqu'en 1941.
Depuis 1941, la gestion de l'eau de la ville (donc le canal) est confiée à la S.E.E.M. (Société d'Études des Eaux de Marseille),
devenue maintenant le Groupe des eaux de Marseille.
La Région P.A.C.A. hérite du Canal de Provence : 
L'événement s'est passé le jeudi 23 octobre 2008 lors de l'assemblée plénière de la Région.
Le transfert du réseau de la Société du Canal de Provence au profit du Conseil régional a été officialisé. Transfert opéré à titre gratuit.
Avec cette nouvelle attribution, la Région acquiert compétence en matière d'aménagement hydraulique. Elle prend aussi la responsabilité de la gestion de l'approvisionnement en eau de Marseille et de la région.

                                                    
                                Le canal de Marseille et Marcel Pagnol
Dans Le Château de ma Mère, deuxième tome des Souvenirs d'Enfance, Marcel Pagnol continue à nous raconter les aventures vécues dans les collines à partir de la "villa" des vacances et les péripéties du trajet pour y accéder. Son père, Joseph, alors instituteur à l'école primaire de Saint-Loup (banlieue de Marseille) avait loué une petite maison située tout à l'extrémité du village de La Treille, au départ du chemin vers les collines du Taoumé et du Garlaban. Toute la famille Pagnol rejoignait ce hâvre durant les vacances scolaires.
Puis il fut  décidé d'y monter aussi  en fin de semaine, "presque tous les samedi", pour en revenir le lundi matin. 
Mais le parcours était long : il fallait tout d'abord prendre le tranwway jusqu'à La Barasse, puis continuer à pied par des chemins sinueux, passer par
La Treille avant d'atteindre le paradis.
Cela demandait environ 4 heures de marches pour 12 km.
" Par un beau matin d'avril, notre caravane, vers cinq heures, cheminait, fatiguée mais joyeuse entre les deux murs de pierre dorée.
À trente mètres devant nous, une petite porte s'ouvrit. Un homme en sortit et referma la porte à clef.

Comme nous arrivions à sa hauteur, il regarda mon père, et s'écria :
- Monsieur Joseph !
C'était Bouzigue, ancien élève de Joseph et en poste au canal de Marseille comme « piqueur »."
( Le Château de ma Mère - chapitre 23. )

  Le canal de Marseille et les portes au niveau du cimetière de La Treille.
 ( Le tracé du canal ainsi que le positionnement des réservoirs sont repérables
sur les plans guide de Marseille et de son agglomération. )

Le travail de Bouzigue consistait à parcourir le canal afin de le surveiller, et avertir ensuite la Société du canal, des fuites, dégradations éventuelles... Pour remplir cette mission, il possédait une clef qui lui permettait d'ouvrir les portes qui barrent le canal lorsque celui-ci passe par une propriété.
" Le canal coulait en haut d'un petit remblai, entre deux haies d'arbrissaux et d'arbustes qui émergeaient d'une broussaille de romarins, de fenouils, de cystes et de clématites.
Bouzigue nous expliqua que cette végétation désordonnée était infiniment précieuse, parce qu'elle retenait la terre du remblai et qu'il était interdit aux propriétaires d'y toucher.
Le lit de ciment n'avait que trois mètres de large, et l'eau transparente reflétait les nuages blancs du ciel d'avril.
Entre la berge et la haie fleurie, nous suivions en file indienne un étroit sentier.
- Voilà mon canal, dit Bouzigue.
Qu'est-ce que vous en dites ? "

C'est ainsi que le parcours fut dorénavant raccourci pratiquement de moitié. Ce qui rendait les collines bien plus accessibles à toute la famille.
Il y avait quatre immenses propriétés de châteaux à traverser :
- le premier appartenait à un noble " Le comte Jean de X... 
                                                   Colonel au Premier Cuirassier "
;
- le second avait été baptisée par Bouzigue : " - Ici, dit-il, c'est le château de la Belle au bois dormant ", car les volets de la batisse étaient toujours fermés ;
- le troisième appartenait à un notaire ;
- le quatrième, entouré de hauts murs, n'était habité que par le gardien :
" - Ce château-là, dit Bouzigue, c'est le plus grand et le plus beau. Mais le propriétaire habite Paris, et il n'y a jamais personne, que le garde...Tenez, regardez ! "
" Enfin nous arrivâmes au mur de clôture. Bouzigue ouvrit la petite porte, et nous fûmes tout à coup en face du Café des quatre saisons.
Quelle joyeuse, quelle admirable surprise !
- Ce n'est pas possible ! dit ma mère, ravie.
- C'est pourtant comme ça, dit Bouzigue ! Nous avons coupé toute la boucle du chemin ! "
( Le Château de ma Mère - chapitre 24. )

Après bien des hésitations et quelques péripéties, Joseph finit par accepter que Bouzigue lui donne une clef afin de pouvoir prendre, dorénavant, ce raccourci.
Mais un jour, lorsque Joseph mit la clef dans la serrure de la porte permettant de sortir de la propriété du quatrième château :
" D'un fourré près de la porte sortit un homme de taille moyenne, mais énorme. Il portait un uniforme vert et un képi.

À sa ceinture était suspendu un étui de cuir noir d'où sortait la crosse d'un révolver d'ordonnance. Il tenait en laisse, au bout d'une chaîne, un chien affreux, celui que nous avions si longtemps redouté. " ( Le Château de ma Mère - chapitre 36 ).

Quelle peur pour Joseph, Augustine (la maman adorée), Marcel , son frère Paul et sa petite sœur Germaine !
Le drame s'est déroulé dans la soirée du 31 juillet 1905, au moment où tous allaient franchir la porte des vacances.

En 1941, en compagnie de toute une troupe de comédiens, techniciens et géomètres, Marcel Pagnol entrait dans le domaine d'un château qu'il avait acheté de Paris, sans le voir, car il avait le projet d'y bâtir une Cité du cinéma.
Quelle surprise ! Quel serrement de cœur !
C'était le château de la peur, devenu Le Château de ma Mère, dont le domaine était traversé par le canal de Marseille.
Le canal suit toujours le même parcours à proximité de la partie de domaine rachetée par la
Ville de Marseille.

Alimentation en eau de Marseille